Passion Vin

La chronique du prof ! « Vineux ? » mais vous me parlez d’un vin non ? Expression et sémantique

Cette semaine, l’équipe box vin de My Vitibox a demandé à Frédéric Vigroux de clarifier certains termes qui échappent à l’enseignement académique et qu’on utilise pourtant souvent en dégustation. Auteur et formateur spécialiste du vin chez Prodégustation, n°1 en formation oenologie il prépare également la formation WSET Paris. Frédéric est aussi un auteur atypique qui porte un regard moderne sur le vin.

Amateur, pour ne pas dire amoureux de champagne, mon travail m’amène à lire beaucoup de commentaires de dégustations (et ce n’est pas toujours très fun !) concernant les champagnes, et souvent, le terme de « vineux » est employé sans que son sens soit toujours bien compris. Faire un bon commentaire de dégustation est difficile (et mériterait peut-être une chronique ?), en particulier parce que le choix des mots doit être compris de tous, et si l’odeur de la crème pour les mains que ma mère mettait quand j’étais petit se retrouve fréquemment dans les vins, malheureusement, ces souvenirs ne parlent qu’à moi et ne peuvent donc être une référence universelle pour les amateurs critiques que nous sommes.

Aujourd’hui, c’est ce terme de « vineux » qui me pose le plus de problèmes ! Essentiellement employé pour les champagnes (et effervescents), le légendaire Larousse nous informe que ce terme renvoie à un « vin riche en alcool », ou encore, « qui rappelle le goût ou l’odeur du vin ». D’autres définitions parlent de vins « corsés, puissants », et d’un caractère « présentant de façon nette les caractéristiques distinguant le vin des autres boissons alcoolisées » pour le guide hachette.

Le champagne étant presque toujours à 12%, la première définition est imprécise, il me semble que ce serait plutôt la « sensation d’alcool » que son titre chiffré qu’il faille prendre en compte. La seconde est vague, le vin et ses arômes peuvent s’exprimer de manière très différente selon le cépage, du litchi du Gewürztraminer, en passant par le beurre et le coing du chardonnay américain, il est très compliqué de dire ce qu’est LE goût ou L’odeur du vin. Toutefois, on peut trouver un point commun à tous ces vins, une essence du vin. Ce point commun serait la sensation que procure une gorgée de vin, sensation intiment liée à la structure (bien plus qu’aux arômes) du vin. Je me permets ici d’éliminer aussi l’idée qu’un vin « vineux » aurait des caractéristiques aromatiques rappelant le goût des vins complexes type : brioche, vanille, ou encore légèrement oxydatif, ces derniers étant une caractéristique aromatique des vins qu’il faudrait ranger dans la catégorie « gastronomique », en opposition à « aromatique » (sujet d’une prochaine chronique !).

En pratique, comment goûter à la « vinosité » du vin ? Au risque de ne pas faire plaisir à certains, je vous invite à boire un blanc à température ambiante, genre 26°, et vous verrez que la sensation en bouche donne un corps puissant avec un alcool exacerbé qui aurait tendance à brûler un peu l’œsophage. Cette expérience permettra de voiler les arômes et l’acidité, et fera ressortir la matière vineuse, l’essence commune de tous les vins, ce qui leur permet de se distinguer des autres boissons et leur donne ce côté « vineux ». Attention, il s’agit ici d’exagérer pour faire ressortir le caractère « vineux » du breuvage, et qui se caractérise essentiellement par un toucher plus dense, une matière plus présente.

Un champagne vineux, serait donc un vin avec un corps puissant et un alcool ressenti en bouche, et en ferait un compagnon idéal pour accompagner un plat ; il s’opposerait donc à un champagne « plus léger, plus aérien », dans lequel les bulles donneraient le sentiment de petits papillons en bouche et d’une caresse délicate, faisant oublier que ce vin est un vin.

Enfin, il me semble que pour être « vineux », le champagne doit avoir du corps, mais aussi et souvent, que les bulles se doivent d’être en plus petits nombres et moins perceptibles, ce qui rendrait le vin plus proche d’un vin « normal », soit un vin tranquille, ou un vin « classique ».

Pour illustrer un peu la définition que je vous propose, prenez un champagne type Les Demoiselles de Vranken, et dégustez-le comparativement avec un Prosecco Extra-dry. Vous verrez…

D’accord ? Pas d’accord ? Un doute ou une question ? Posez votre question à Frédéric à bonjour@prodegustation.com je vous répondrai avec plaisir entre deux cours œnologie !

Article rédigé par Frédéric Vigroux, enseignant en vins et spiritueux à Prodégustation, n°1 en formation oenologie et organisme de formation accrédité WSET Paris. Frédéric Vigroux est aussi l’auteur de Le vin pour ceux qui n’y connaissent rien, Editeo 2019.

Pour aller plus loin dans votre découverte du fabuleux monde du vin, participez à un cours oenologie Prodégustation ou prenez un abonnement vin My VitiBox ! Retrouvez dans votre abonnement vin une box vin ainsi qu’un livret explicatif pour devenir le meilleur en matière de dégustation.

Ce contenu publi-éditorial vous est proposé par My VitiBox.





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