Non classé

Faut-il miser sur Château Phélan Ségur ?

Comme la mezquita de Cordoue dont je n’arrive jamais à sortir, la vigne a sur moi un effet hypno­tique », confie Véro­nique Dausse, la directrice de Château Phélan Ségur, au volant de sa voiture. Nous roulons au ralenti et les rangs de cabernet sauvignon au garde à vous face au chemin de terre se succèdent comme tourneraient les pages d’un livre géant. Un effet renforcé par l’impeccable rotondité de cette croupe de terre. Au sol, les graves, ces cailloux ronds roulées par le fleuve, blan­chissent la lumière du soleil avant de la faire rejaillir vers le ciel. La répétition de ce même plan emprisonne le regard, les maîtres de l’art cinétique n’auraient pas mieux fait. À Phélan Ségur, c’est le paysage qui déclenche l’ivresse. Chacun retrouve ses esprits un peu plus loin, en découvrant le fronton palladien du château posé sur sa butte. Il a une ­allure folle en ce matin d’octobre, percuté par les premiers rayons de l’est et encore nimbé de brouillard.

Créé par la famille d’origine irlan­daise, O’Phélan, il y a deux siècles -un peu trop tard pour rejoindre le classement de 1855-, le domaine connut peu de propriétaires. Il y a deux ans, les frères Thierry, Laurent et Stéphane Gardinier le vendaient pour des raisons que nous avons déjà oubliées. Sans toutefois couper les liens avec le château qui fit leur bonheur pendant plus de trente ans.
C’est le Belge Philippe Van de Vyvere qui fut préféré à deux autres candidats acquéreurs. Il est un habitué des jolies propriétés, et entretient déjà un immense parc, près de Gand. L’homme, à la tête d’une entreprise de manutention portuaire qui emploie 5 000 salariés en Belgique, en France, en Afrique, eut aussi un grand-père amateur de grands vins de Bordeaux qui sut lui transmettre ses goûts. En outre, Van de Vyvere sait partager ses passions. C’est toujours mieux quand il s’agit de vin.

L’école de la vigne

Tombé amoureux des lieux, il a réagencé l’intérieur avec son ami flamand l’architecte Axel Vervoordt – une réussite – mais il ne joue pas les vignerons et laisse les commandes à la très expérimentée Véronique Dausse, arrivée en 2010. Comme l’explique cette der­nière : «  Philippe Van de Vyvere veut un vignoble intelligent et pérenne. Il comprend le temps long. Nous avons l’impression qu’il veut faire des 120 hectares de Phélan Ségur son jardin.  »

Avant de s’installer dans le Médoc, la Lot-et-Garonnaise Véronique Dausse a fourbi ses armes au Clos du Val dans la Napa Valley. En 1996, on la retrouve chez Bernard Magrez, le tycoon bordelais des vins et spiritueux où elle affine sa technique de négociation et de distribution. Elle travaillera aussi avec Robert Skalli, un autre entrepreneur très créatif, et pour la maison de champagne Nicolas Feuillatte où elle reste douze ans. Une carrière complète.

Ici, c’est bien elle qui fait évoluer le domaine, replante à bon rythme le vignoble. Outre les cépages traditionnels, cabernet sauvignon et merlot, elle a planté du petit verdot, du carmenère, du malbec. Elle expérimente, étudie de très près les meilleures façons d’économiser eau et énergie, adopte une gestion technologique de la vigne avec géolocalisation de chaque pied, s’intéresse à la vie du sol et à l’agroforesterie. 11 hec­tares sont cultivés en bio. Sur une table du château, on repère sa lecture du moment, Fécondité de la terre, de Ehrenfried Pfeiffer : l’ouvrage d’un disciple de l’autrichien Rudolph Steiner, qui posa les principes de l’agriculture biodynamique. Il n’est pas question pour Dausse de convertir ses 90 hectares à ce type de viticulture, mais elle semble surmotivée pour tirer le meilleur de ces vignes ­collées à celles de Montrose ou Calon Ségur, dans une appellation qui attire toujours plus la lumière.

Phélan Ségur en quelques mots ? Un vin très équilibré, aux tanins fins, souvent marqué par des notes de cassis, des touches mentholées ou d’eucalyptus, un cru très homogène, très beau. ­Depuis le 2011, Véronique Dausse peut s’enorgueillir d’une belle série de millésimes. Des vins dont les tarifs sont restés raisonnables. Les 200 000 bouteilles sont appréciées en Suisse, en Alle­magne, en Autriche, en Irlande, et aux États-Unis et en France.

Sinon, avec d’autres châteaux, Véronique Dausse a monté l’école de la ­vigne : «  Elle s’adresse à des gens qui pendant 18 mois alternent théorie et pratique avec des chefs de culture et des chefs de chai. C’est un système de compagnonnage où le savoir-être a autant d’importance que le savoir-faire. » Belle façon d’assurer l’avenir de Phélan ­Ségur et du reste du vignoble.

10 millésimes du domaine dégustés par  Le Figaro - Par Valérie Faust

Millésime 2019
La fraîcheur éclatante contraste avec l’opacité de la robe presque noire de ce vin suave, puissant, croquant, toasté. Tanins mûrs et acidité intimement liés.
Prix : 32,80 € (millesima.fr, livraison 2022)
Note Le Figaro : 18/20

Millésime 2018
Comme 2019, il présente une formidable buvabilité, mais plus de corpu­lence. Richesse, charge tanique puissante, ­notes grillées, de fruits noirs mûrs, moka. Finale superbe, longue, sali­vante, juteuse.
Prix : 36,04 € (chateauinternet.com)
Note Le Figaro : 18/20

Millésime 2017
La robe est pourpre foncé, le nez floral, boisé (cèdre). Finesse aromatique, ­pureté du fruit, onctuosité. Vin rafraîchissant, gourmand, souple, vif, délicieusement facile d’accès.
Prix : 40 € (vinatis.com)
Note Le Figaro : 17/20

Millésime 2016
Couleur cerise noire à reflets violines, nez de fraise, mûre, violette, mine de crayon, toastés. Bouche fondue, harmonieuse, ample, précise, avec prestance, fraîcheur, maturité, puissance…
Prix : 49,90 € (wineandco.com)
Note Le Figaro : 17,5/20

Millésime 2015
Un cru charmeur, tendre, gourmand, généreux, pourvu d’une jolie sucrosité qui enrobe la fine structure tannique. Puissance maîtrisée, notes de réglisse, chocolat, menthe, note saline.
Prix : 45 € (idealwine.com)
Note Le Figaro : 17/20

Millésime 2014
Dense et très droit, concentré, musclé, il met en exergue la forte proportion de cabernet sauvignon (64 % contre 36 % merlot) soutenue par de jolis tanins et des fruits bien mûrs.
Prix : 42 € (chateaunet.com)
Note Le Figaro : 17/20

Millésime 2013
Attaque onctueuse, texture fine, joli fruit, bouche souple, énergique puis la puissance s’installe progressivement.
Prix : 38,44 € (wineandco.com)
Note Le Figaro : 15,5/20

Millésime 2012
Nez expressif, arômes fruités et de ­cacao intenses. Magnifique attaque ­ample, veloutée. Bouche charnue, notes de bâton de réglisse, belle énergie. Finale juteuse. Ce vin invite à se resservir.
Prix : 48 € (12bouteilles.com)
Note Le Figaro : 17/20

Millésime 2011
Un vin dont le plaisir est immédiat même s’il peut se garder vingt ans. ­Crémeux, opulent, dense, beaucoup de classe, de fruit en finale, très fraîche.
Prix : 46,60 € (drinksco.fr)
Note Le Figaro : 17/20

Millésime 2010
Somptueux, avec une profondeur insondable. Finesse et puissance se répondent avec ferveur sans se dominer. Volume, générosité, concentration, longueur. Magique !
Prix : 71,60 € (vintageandco.com)
Note Le Figaro : 18,5/20





Lire l’article sur le site source

Articles Similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

sept + 11 =